Les yalıs de Beykoz : Voyage dans le temps sur la rive paisible du Bosphore
Alors que la chaleur d'août s'apaise lentement, le rivage de Beykoz devient l'une des routes d'évasion les plus respirantes d'Istanbul. Ce quartier sur la rive anatolienne du Bosphore, depuis le XVIIIe siècle où les sultans y établissaient leurs résidences d'été, jusqu'à aujourd'hui, a préservé les plus élégants exemples de l'architecture des yalıs. Le chemin de promenade qui s'étend le long de la bande côtière, sous les épaisses ombres des bosquets de platanes, invite à la fois à suivre les traces de la texture historique et à s'éloigner du bruit de la ville pour ne rester qu'avec le son des oiseaux. Les yalıs en bois que l'on voit sur votre gauche en direction de l'embarcadère de Kanlıca, semblent chuchoter chacun l'histoire d'une dynastie ou d'un pachalik différent.
Le cœur du quartier, autour de l'embarcadère de Kanlıca, capture un rythme différent à chaque moment de la journée. Les marins retraités qui s'arrêtent pour boire du thé le matin, les cyclistes qui font une pause dans les célèbres buffets de Kanlıca l'après-midi, les familles qui tissent des conversations agréables aux tables avec vue sur le Bosphore au crépuscule... Cette foule mixte mais harmonieuse est la plus grande preuve que Beykoz préserve son identité de 'mahalle'. Juste derrière l'embarcadère, dans les petites boutiques qui débordent sur les rues, on trouve encore des confitures faites main, du pain frais et des fromages locaux ; l'ombre des chaînes de supermarchés modernes n'est pas encore tombée sur ce coin.
Se perdre dans les ruelles derrière les yalıs vous fait vivre l'une des plus belles surprises de la ville. Les fontaines en pierre, les grilles en fer et les manoirs où les magnolias grandissent dans leurs jardins, ne lâchent pas votre appareil photo avec leurs détails architecturaux. En particulier le pont historique au point où le ruisseau de Göksu rencontre le Bosphore et le groupe de yalıs autour, se dressent comme un témoignage presque intact de l'esthétique du Bosphore du XIXe siècle. En marchant ici, il est inévitable de sentir que le temps s'est arrêté, voire qu'il a reculé.
S'asseoir dans un café du rivage au coucher du soleil et regarder le Bosphore teint d'or est l'apogée de l'expérience de Beykoz. Le son des sirènes des bateaux passant de l'autre côté, l'appel à la prière venant de loin et la mélodie que le vent joue dans les feuilles des platanes, créent une bande originale propre à ce quartier d'Istanbul. Beykoz, loin des clichés touristiques, fidèle à son rythme local, ressemble à un livre d'histoires que quiconque aime la ville doit absolument mesurer à pas lents, avec ses pieds.